Alliaire et Ail des ours : une histoire vraiment primitive !

C’est la saison : l’Ail des ours et l’Alliaire ont sorti leurs petites fleurs blanches. Dans les sous-bois, le premier forme de grand tapis de feuilles vertes allongées tandis que le second s’affiche en colonies de tiges élancées aux feuilles rondes. J’ai dit sous-bois ? Une petite balade au coin de la rue a suffi, associée à une petite remontée dans le temps…

Il est certaines plantes sauvages que l’on cherche longtemps sans les trouver, mais que l’on déniche un jour de façon tout à fait inattendue, dans un lieu qu’elles ne sont pas censées coloniser. C’est le cas, en l’occurrence, de l’Ail des ours, qui pousse ordinairement dans les forêts, et que certains utilisent en condiment dans les salades, les plats ou pour parfumer du vinaigre, exactement comme on le fait avec notre ail cultivé.
En pleine ville, ici à Louveciennes, lieu de naissance de l’association Etik & Act, voici quelques plants que j‘ai photographiés hier.

L'Ail des ours
L’Ail des ours, de la famille des Alliacées (ex Liliacées). J. Paoli

A l’ombre sous un jeune arbre, installé sur un terrain légèrement pentu apportant l’eau bénéfique à ses pieds, il égaye joliment la journée de ceux qui, prenant leur train pour aller travailler, veulent bien le voir et le reconnaître. Les pressés de la vie, l’enjambée trop rapide, n’ont eux aucune chance d’en profiter. Et c’est bien dommage, car « Si vous avez la chance de rencontrer une plante qui pousse en épais tapis d’un vert luisant, vous vous trouvez, d’après les botanistes, dans le groupe herbacé riche et original de la forêt alluviale primitive » dit Thierry Thévenin dans son livre (à lire absolument) « Les plantes sauvages » en parlant de cet Allium ursinum. Alors, l’Ail des ours aurait-il plus de capacités d’adaptation que prévu, quittant sa forêt, qui n’est peut-être plus tranquille, pour les bords des voies ferrées ? Ou Louveciennes a-t-elle gardé en mémoire un peu d’âme verte primitive au cœur de ses rues ?

Pas loin de l’ail des ours, et dans de nombreux endroits de Louveciennes d’ailleurs, on peut apercevoir l’Alliaire, un cousin par l’odeur d’ail dégagée lorsque l’on froisse ses feuilles. Cette annuelle s’élève progressivement de mars à juin jusqu’à 1 mètre de hauteur. Les feuilles rondes en forme de cœur prennent alors une allure plus pointue et dentée. Et ses fleurs blanches à 4 pétales se montrent.

L'Alliaire
L’Alliaire, de la famille des Brassicacées (ex Crucifères). J. Paoli

L’Alliera petiolata se mange, mais seules les premières feuilles, qui n’ont pas encore l’amertume de celles plus âgées. Elle remplacera en guise de condiment… l’ail. Et ses graines remplaceront celles… de la moutarde. Vous renouerez ainsi avec nos très lointains ancêtres : une étude de 2013, se fondant sur les microfossiles de plantes, suggère que les Hommes du Néolithique ont relevé leurs plats avec l’Alliaire, depuis la fin de l’âge de pierre en Europe, il y a 6 000 ans.

Je vous avais bien dit qu’il s’agissait d’une histoire primitive !

 

Juliette Paoli

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